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Choisir un artisan : les vérifications à faire avant de signer
Pour choisir un artisan sans mauvaise surprise, vérifiez quatre choses avant de signer : son existence légale (numéro SIRET actif sur l’annuaire officiel des entreprises), son attestation d’assurance décennale à son nom et valable à la date du chantier, ses qualifications réelles pour le métier demandé, et un devis détaillé comparé à au moins deux autres. Le reste (avis, recommandations, sympathie au premier rendez-vous) aide à départager, jamais à remplacer ces contrôles.
Repères
- Identité
- SIRET vérifiable en ligne
- Assurance
- Décennale obligatoire
- Aides
- Entreprise RGE exigée
- Garanties
- 1 an, 2 ans, 10 ans
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Comment bien choisir un artisan pour ses travaux ?
La plupart des déconvenues de chantier ne viennent pas d’un manque de talent de l’artisan, mais d’un contrôle qui n’a pas été fait au départ : une assurance expirée, une entreprise radiée depuis six mois, un devis qui ne mentionne ni les quantités ni le délai. Ces vérifications ne demandent ni compétence technique ni argent. Elles demandent de l’ordre, et un peu d’aplomb pour réclamer des documents à quelqu’un qui vous a fait bonne impression.
L’ordre compte. Commencez par définir précisément ce que vous voulez faire réaliser, parce qu’un besoin flou produit des devis impossibles à comparer. Identifiez ensuite le bon métier : une infiltration en pied de mur ne relève pas du même professionnel qu’une fuite de toiture, et une entreprise « tous corps d’état » n’est pas forcément qualifiée pour chacun des lots qu’elle propose. Viennent ensuite la vérification de l’identité légale, des assurances, des qualifications, puis la mise en concurrence par les devis.
Cette page suit cet ordre. Chaque étape renvoie vers un guide plus détaillé quand le sujet le mérite, et une procédure condensée plus bas permet de tout contrôler en une vingtaine de minutes, documents en main.
Comment vérifier qu’un artisan existe légalement ?
Toute entreprise française, y compris un micro-entrepreneur, reçoit un numéro SIREN à neuf chiffres qui l’identifie, et un numéro SIRET à quatorze chiffres par établissement (le SIREN suivi de cinq chiffres propres au lieu d’exercice). Ce numéro doit figurer sur le devis et la facture. Son absence suffit à écarter une offre : un professionnel sérieux n’a aucune raison de le cacher.
Depuis le 1er janvier 2023, les entreprises artisanales sont inscrites au registre national des entreprises (RNE), tenu par l’INPI, qui a remplacé l’ancien répertoire des métiers pour les formalités. Les données publiques sont consultables gratuitement sur l’annuaire des entreprises de l’administration, qui agrège le répertoire Sirene de l’Insee, le RNE et d’autres sources officielles. Saisissez le numéro SIRET, ou le nom de l’entreprise et la commune.
Ce que la fiche de l’annuaire vous apprend
Regardez d’abord l’état administratif : « en activité » ou « cessée ». Une entreprise fermée qui continue de facturer est un signal d’alarme immédiat. Vérifiez ensuite que l’adresse du siège correspond à celle du devis, que l’activité principale déclarée (le code APE ou NAF) est cohérente avec les travaux demandés, et notez la date de création. Une entreprise créée il y a trois semaines n’est pas suspecte en soi, tout le monde débute un jour, mais elle n’a pas encore d’historique à faire valoir et son attestation décennale mérite une attention particulière.
La fiche indique aussi les dirigeants et, pour les sociétés, la forme juridique et parfois le capital. Si le nom de la personne qui vous a rendu visite n’apparaît nulle part, demandez-lui quel est son lien avec l’entreprise : salarié, sous-traitant, apporteur d’affaires. La réponse doit être simple.
Qualification professionnelle : une obligation légale pour les métiers du bâtiment
L’article 16 de la loi n° 96-603 du 5 juillet 1996 réserve plusieurs activités du bâtiment (gros œuvre, second œuvre, installation de réseaux d’eau, de gaz, d’électricité, chauffage, ramonage…) à des personnes qualifiées ou exercées sous le contrôle effectif et permanent d’une personne qualifiée. La qualification s’obtient par un diplôme de niveau CAP ou BEP dans le métier, ou par trois années d’expérience professionnelle. L’annuaire ne l’affiche pas toujours : vous pouvez demander à l’artisan sur quel diplôme ou quelle expérience il s’appuie. Pour comprendre les parcours qui mènent à ces métiers, voyez la rubrique sur les métiers de l’artisanat.

Comment savoir si un artisan est bien assuré ?
Deux assurances reviennent dans toutes les conversations de chantier, et elles ne jouent pas le même rôle. L’assurance de responsabilité civile décennale est obligatoire pour toute personne dont la responsabilité peut être engagée sur le fondement des articles 1792 et suivants du Code civil, c’est-à-dire tout constructeur d’un ouvrage, artisan comme entreprise (Code des assurances, art. L241-1). Elle couvre, pendant dix ans après la réception, les dommages qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination : une charpente qui fléchit, une étanchéité de toiture défaillante, un carrelage qui se décolle sur toute une pièce à cause d’une chape ratée.
La responsabilité civile professionnelle, elle, couvre les dommages causés aux tiers ou à vos biens pendant le chantier (le dégât des eaux provoqué chez le voisin, le parquet rayé par un échafaudage). Elle n’est pas obligatoire pour la plupart des métiers du bâtiment, mais un artisan qui n’en a pas vous laisse seul face à l’accident. Demandez les deux attestations. Le détail de ce que couvre la décennale, et de ce qu’elle ne couvre pas, est traité dans notre guide sur la garantie décennale.
Ce qu’il faut lire sur l’attestation
Une attestation d’assurance n’est pas un document décoratif ; elle se lit ligne à ligne. Vérifiez le nom et le SIRET de l’assuré, qui doivent être exactement ceux du devis. Vérifiez la période de validité : c’est la date d’ouverture du chantier qui compte, pas la date de la signature. Vérifiez surtout la liste des activités garanties, car un assuré n’est couvert que pour les activités déclarées à son assureur. Un plaquiste assuré pour « plâtrerie, cloisons sèches » qui vous propose de refaire la toiture ne sera probablement pas couvert pour la couverture.
Depuis la loi n° 2014-626 du 18 juin 2014, les artisans soumis à une assurance obligatoire doivent aussi indiquer sur leurs devis et factures l’assurance souscrite, les coordonnées de l’assureur et la couverture géographique du contrat (loi du 5 juillet 1996, art. 22-2). En cas de doute sur une attestation, appelez l’assureur dont le nom figure dessus, avec le numéro de contrat : il peut confirmer que le contrat est en cours.
Qualibat, Qualifelec, RGE : que valent les qualifications et les labels ?
Le vocabulaire est trompeur, et c’est rarement un hasard. Une qualification est délivrée par un organisme indépendant après examen de dossier : capacités techniques, références de chantiers, moyens humains et matériels, régularité administrative et assurances. Qualibat pour l’ensemble du bâtiment, Qualifelec pour les métiers de l’électricité et Qualit’EnR pour les énergies renouvelables sont les plus connus. Une qualification porte sur une activité précise, pas sur l’entreprise en général : l’entreprise peut être qualifiée en maçonnerie et ne pas l’être en isolation par l’extérieur.
Chacun de ces organismes publie un annuaire en ligne où l’on vérifie qu’un certificat est bien en cours, pour quelles activités et jusqu’à quelle date. Un logo sur une camionnette ne prouve rien ; la fiche sur le site de l’organisme, si. Nos guides pratiques détaillent comment lire une qualification Qualibat et une qualification Qualifelec.
Le RGE, clé des aides à la rénovation énergétique
La mention RGE (reconnu garant de l’environnement) n’est pas un organisme mais une reconnaissance accordée, à travers ces mêmes qualifications, aux entreprises de rénovation énergétique. Elle a une conséquence très concrète : la plupart des aides publiques, dont MaPrimeRénov’, les certificats d’économies d’énergie (CEE) et l’éco-prêt à taux zéro, exigent que les travaux soient réalisés par une entreprise RGE dans le domaine concerné. Une isolation de combles parfaite posée par une entreprise non RGE ne donne droit à rien. Les conditions et barèmes des aides évoluent presque chaque année : vérifiez la version en vigueur au moment de votre projet sur le site France Rénov’, qui tient aussi l’annuaire officiel des professionnels RGE.
Titre d’artisan et de maître artisan : ce que délivre la chambre de métiers
La qualité d’artisan et le titre de maître artisan relèvent de la chambre de métiers et de l’artisanat (CMA). Selon le portail artisanat.fr, le titre de maître artisan est attribué au chef d’entreprise titulaire du brevet de maîtrise dans son métier, ou d’un diplôme équivalent avec deux ans de pratique, ou encore immatriculé depuis au moins dix ans et justifiant d’un savoir-faire reconnu. C’est un indice sérieux de formation et d’ancienneté. Ce n’est ni une assurance ni une qualification pour un type de travaux donné.
Ce qu’un label ne garantit pas
Aucun label, aucune qualification ne garantit que votre chantier sera bien fait. Ils attestent qu’à une date donnée, l’entreprise remplissait des critères de compétence et de régularité. Ils ne remplacent ni un devis précis, ni un suivi de chantier, ni une réception soignée. Méfiez-vous aussi des « labels » maison ou commerciaux, attribués contre cotisation sans audit technique : la question à poser est toujours la même, qui délivre ce label, sur quels critères, et où puis-je le vérifier ?
Vérifier un artisan en 20 minutes : la procédure pas à pas
Munissez-vous du devis, de l’attestation d’assurance décennale et, s’il y en a une, de l’attestation de qualification. Si l’artisan tarde à fournir ces documents, c’est déjà une information.
- Relever le SIRET sur le devis. Quatorze chiffres, sans exception. Un devis sans SIRET, ou avec un numéro incomplet, s’arrête ici.
- Le saisir sur annuaire-entreprises.data.gouv.fr. Contrôlez l’état (en activité), l’adresse, l’activité déclarée et la date de création. Comparez le nom du dirigeant avec celui de votre interlocuteur.
- Lire l’attestation décennale ligne à ligne. Même nom, même SIRET que le devis, validité couvrant la date d’ouverture du chantier, activités garanties correspondant exactement aux travaux prévus.
- Vérifier la cohérence avec le devis. Le nom de l’assureur et la couverture géographique doivent aussi apparaître sur le devis. S’ils diffèrent de l’attestation, demandez une explication écrite.
- Contrôler la qualification sur le site de l’organisme. Qualibat, Qualifelec ou Qualit’EnR : le certificat doit être en cours et viser l’activité exacte. Pour des travaux aidés, vérifiez la mention RGE sur l’annuaire France Rénov’.
- Chercher l’entreprise par son nom et sa commune. Avis, photos de chantiers, ancienneté de la présence en ligne. Notez les réponses de l’entreprise aux critiques, souvent plus parlantes que les notes.
- Demander une ou deux références récentes. Un chantier comparable au vôtre, avec l’accord du client. Un professionnel installé depuis plusieurs années en a presque toujours.
- Consigner le tout. Une capture de la fiche de l’annuaire et une copie de l’attestation, datées, rangées avec le devis. Elles vous serviront en cas de sinistre ou de litige.
Quels documents demander à un artisan, et où les vérifier ?
Le tableau ci-dessous résume ce que chaque pièce prouve, et surtout ce qu’elle ne prouve pas. Un document isolé ne suffit jamais ; c’est leur concordance (même nom, même SIRET, mêmes activités) qui compte.
| Document | Où le vérifier | Ce qu’il prouve | Ce qu’il ne prouve pas |
|---|---|---|---|
| Numéro SIRET | annuaire-entreprises.data.gouv.fr (Sirene, RNE) | L’entreprise existe, est active, à cette adresse, pour cette activité | La compétence technique ni l’assurance |
| Extrait d’immatriculation (RNE) ou Kbis | data.inpi.fr, Infogreffe pour les sociétés | L’inscription au registre et l’identité des dirigeants | La qualification pour chaque métier |
| Attestation d’assurance décennale | Auprès de l’assureur indiqué, numéro de contrat en main | La couverture des activités listées, sur la période indiquée | La couverture d’une activité non déclarée |
| Attestation de RC professionnelle | Auprès de l’assureur indiqué | La prise en charge des dommages causés pendant le chantier | La garantie des désordres après réception |
| Certificat Qualibat, Qualifelec, Qualit’EnR | Annuaire en ligne de l’organisme | Une compétence auditée pour une activité précise, à une date donnée | La qualité du chantier à venir |
| Mention RGE | Annuaire France Rénov’ des professionnels RGE | L’éligibilité des travaux aux aides publiques concernées | Que votre dossier d’aide sera accepté |
| Titre de maître artisan | Chambre de métiers et de l’artisanat | Un diplôme de haut niveau ou une longue ancienneté dans le métier | L’assurance ni la régularité actuelle |
Bouche-à-oreille et avis en ligne : peut-on s’y fier ?
La recommandation d’un voisin qui a fait refaire la même toiture que la vôtre reste une excellente piste, à une condition : qu’elle ouvre les vérifications au lieu de les remplacer. Le voisin a vu le résultat au bout de six mois, rarement au bout de huit ans, et il ne sait pas si l’assurance de l’entreprise était à jour. Demandez-lui plutôt ce qui s’est passé quand un problème est apparu : l’artisan est-il revenu, dans quel délai, à quel prix ?
Les avis en ligne demandent le même recul. Depuis 2018, le Code de la consommation (art. L111-7-2) oblige les sites qui publient des avis à indiquer s’ils les contrôlent et comment. Faux avis élogieux, avis négatifs déposés par un concurrent, fiches sans historique qui cumulent cinquante notes parfaites en un mois : la DGCCRF sanctionne régulièrement ces pratiques. Lisez les avis détaillés et datés, les critiques modérées, et la manière dont l’entreprise y répond. Une réponse argumentée à un client mécontent en dit souvent plus qu’une note moyenne.
Quant au « meilleur site pour trouver un bon artisan », il n’existe pas. Les plateformes de mise en relation sont des intermédiaires commerciaux, payés par les entreprises. Les seuls annuaires dont la vocation est la vérification sont officiels : l’annuaire des entreprises de l’État, l’annuaire France Rénov’ pour le RGE, et ceux des organismes de qualification.
Combien de devis demander, et comment les comparer ?
Trois devis est l’usage raisonnable pour des travaux de quelque importance : assez pour situer un prix, pas trop pour pouvoir vraiment les lire. Donnez à chaque entreprise exactement le même descriptif, par écrit, avec les dimensions, les matériaux souhaités et vos contraintes. Sans cela, vous comparerez trois projets différents, et le moins cher sera souvent celui qui a oublié quelque chose.
Les mentions qu’un devis doit porter
Selon la DGCCRF, le devis de travaux doit indiquer notamment : la date et la durée de validité de l’offre, le nom ou la raison sociale, l’adresse et le numéro SIRET de l’entreprise, le décompte détaillé de chaque prestation et fourniture (désignation, quantité, prix unitaire, unité de mesure comme l’heure de main-d’œuvre ou le mètre carré), les frais de déplacement, le montant total hors taxes et toutes taxes comprises avec le taux de TVA, la date de début et la durée estimée des travaux, les conditions de paiement, et les mentions relatives à l’assurance obligatoire. Pour les prestations de dépannage, de réparation et d’entretien dans le bâtiment, l’arrêté du 24 janvier 2017 impose un devis écrit préalable au-delà de 150 euros TTC. Tous les détails pratiques sont regroupés dans notre rubrique devis, démarches et aides.
Comparer ligne à ligne, pas seulement le total
Alignez les devis poste par poste : dépose et évacuation des déchets, préparation du support, fournitures (marque et référence quand c’est possible), main-d’œuvre, finitions, nettoyage. Un écart de prix important cache presque toujours une différence de contenu : une sous-couche absente, un matériau de gamme inférieure, une évacuation des gravats « à la charge du client ». Vérifiez aussi le taux de TVA appliqué : dans un logement achevé depuis plus de deux ans, de nombreux travaux ouvrent droit au taux de 10 %, voire 5,5 % pour la rénovation énergétique, sous conditions détaillées dans notre guide sur la TVA réduite sur les travaux.
Un devis très inférieur aux autres n’est pas forcément une arnaque. Il peut refléter une entreprise en recherche de chantiers ou une organisation plus légère. Mais demandez à l’entreprise d’expliquer l’écart par écrit, et méfiez-vous des lignes forfaitaires vagues du type « travaux divers ».
Quel acompte verser à un artisan ?
Aucun texte ne fixe de plafond à l’acompte demandé par un artisan à un particulier. L’usage se situe souvent entre 20 et 40 % du montant pour couvrir la commande des matériaux, mais c’est une pratique, pas une règle. Ce qui compte, c’est que l’échéancier soit écrit dans le devis et qu’il suive l’avancement réel du chantier : un acompte à la commande, un ou plusieurs versements à des étapes identifiables, le solde à la réception.
Le mot employé a une portée juridique. Un acompte engage définitivement les deux parties : vous ne pouvez pas vous rétracter en l’abandonnant. Des arrhes, au contraire, permettent à chacun de renoncer, vous en les perdant, l’entreprise en les restituant au double. Selon l’article L214-1 du Code de la consommation, sauf stipulation contraire, les sommes versées d’avance sont des arrhes.
Si le contrat est signé chez vous après un démarchage, ou lors d’une foire pour certains cas, les règles se durcissent : vous disposez de quatorze jours pour vous rétracter (art. L221-18) et le professionnel ne peut recevoir aucun paiement avant l’expiration d’un délai de sept jours à compter de la conclusion du contrat (art. L221-10), sauf exceptions limitées comme les travaux d’urgence que vous avez expressément sollicités. Enfin, un particulier ne peut pas payer un professionnel en espèces au-delà de 1 000 euros (Code monétaire et financier, art. D112-3).
Comment savoir si un artisan est honnête ?
L’honnêteté ne se lit pas sur un visage, mais certains comportements reviennent dans presque tous les dossiers d’escroquerie signalés à la DGCCRF. Un seul de ces signaux justifie de ralentir ; deux ou trois, de renoncer.
Vigilance
Démarchage à domicile ou par téléphone pour des travaux « urgents » ou « obligatoires » (le démarchage téléphonique pour la rénovation énergétique est interdit depuis la loi du 24 juillet 2020), pression pour signer le jour même, acompte élevé réclamé avant tout commencement, paiement demandé en espèces ou sur un compte au nom d’un particulier, absence d’adresse fixe ou simple numéro de portable, devis sans SIRET ni mention d’assurance, entreprise inconnue de l’annuaire officiel ou « cessée » : autant de raisons d’arrêter la discussion.
À l’inverse, les bons signaux sont assez prosaïques : une visite sur place avant de chiffrer, des questions sur l’état du support et l’usage de la pièce, un devis remis dans un délai raisonnable, des documents fournis sans discussion, une disponibilité annoncée honnêtement, quitte à vous faire attendre. Un artisan qui vous dit qu’il ne peut pas commencer avant trois mois n’est pas un mauvais signe. Celui qui peut commencer demain, sans avoir vu les lieux, pour une toiture entière, en est un.
Pendant le chantier : que surveiller ?
Une fois le devis signé, il devient le contrat. Tout ce qui n’y figure pas n’est pas dû, et tout changement doit faire l’objet d’un avenant écrit, chiffré et signé avant d’être réalisé. C’est le point qui génère le plus de conflits : le « tant qu’on y est, je vous refais aussi la plinthe » dit sur un escabeau se transforme en ligne de facture que personne n’avait acceptée.
Suivez l’avancement sans vous substituer à l’artisan. Passez régulièrement, prenez des photos datées des étapes qui seront ensuite cachées (réseaux dans les cloisons, isolant avant le parement, étanchéité sous le carrelage), et notez par écrit les remarques importantes, un simple courriel récapitulatif suffit. Si l’entreprise fait appel à un sous-traitant, elle doit en principe le faire accepter par vous et vous en communiquer l’identité (loi n° 75-1334 du 31 décembre 1975) ; demandez aussi son attestation décennale.

Bon réflexe
Ouvrez dès la signature un dossier unique, papier ou numérique, avec le devis signé, les attestations, les avenants, les photos datées et les échanges écrits. En cas de sinistre dans huit ans, c’est ce dossier que votre assureur et l’assureur de l’artisan vous demanderont, pas vos souvenirs.
Les paiements intermédiaires doivent correspondre à des étapes réellement achevées. Ne réglez pas une situation de travaux qui annonce « 80 % » quand vous voyez des murs encore nus. Si des travaux touchent à la structure, à l’électricité, au gaz ou à une toiture, laissez les professionnels décider des conditions de sécurité et ne manipulez rien vous-même : ce sont précisément les zones où une intervention non qualifiée annule les garanties et met des vies en danger.
Réception des travaux et garanties : que se passe-t-il à la fin du chantier ?
La réception est l’acte par lequel vous déclarez accepter l’ouvrage, avec ou sans réserves (Code civil, art. 1792-6). C’est l’étape la plus sous-estimée du chantier, et pourtant la plus lourde de conséquences : elle fait courir les trois garanties légales et marque le moment où les défauts apparents non signalés sont considérés comme acceptés. Faites-la par écrit, sur un procès-verbal daté et signé des deux parties, en listant précisément chaque réserve. Notre guide sur la réception des travaux propose une méthode pièce par pièce.

Trois garanties s’appliquent ensuite, chacune avec son périmètre. Le paiement du solde peut s’accompagner d’une retenue de garantie de 5 % au maximum, si elle est prévue au contrat, consignée jusqu’à la levée des réserves (loi n° 71-584 du 16 juillet 1971).
| Garantie | Durée après réception | Ce qu’elle couvre | Texte |
|---|---|---|---|
| Parfait achèvement | 1 an | Tous les désordres signalés à la réception ou dans l’année qui suit | Code civil, art. 1792-6 |
| Bon fonctionnement (biennale) | 2 ans minimum | Les équipements dissociables de l’ouvrage : volets, robinetterie, radiateurs… | Code civil, art. 1792-3 |
| Décennale | 10 ans | Les dommages qui compromettent la solidité ou rendent l’ouvrage impropre à sa destination | Code civil, art. 1792 et 1792-4-1 |
Pour les travaux importants, la loi impose aussi au maître d’ouvrage, c’est-à-dire à vous, de souscrire une assurance dommages-ouvrage avant l’ouverture du chantier (Code des assurances, art. L242-1). Elle préfinance les réparations relevant de la décennale sans attendre qu’une responsabilité soit établie. Beaucoup de particuliers l’ignorent ; son absence ne vous prive pas de la décennale, mais rallonge considérablement les délais d’indemnisation.
Litige avec un artisan : quels recours en cas de malfaçon ou d’abandon de chantier ?
Un désaccord ne devient pas un procès du jour au lendemain, et c’est tant mieux : la plupart des litiges avec un artisan se règlent à l’amiable quand le client a gardé un dossier propre. La progression est toujours la même.
Premier temps : l’écrit
Commencez par un échange écrit qui décrit le problème, photos à l’appui, et demande une intervention dans un délai précis. Sans réponse, adressez une mise en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception (Code civil, art. 1344) : rappel du devis signé, description des désordres, demande de reprise ou de remboursement, délai laissé, et mention des suites envisagées. Pendant l’année de parfait achèvement, cette démarche active directement la garantie. Si le désordre relève de la décennale, déclarez-le aussi à l’assureur dommages-ouvrage si vous en avez un, et à l’assureur décennal de l’artisan.
Deuxième temps : la médiation ou la conciliation
Tout professionnel doit permettre à ses clients particuliers de recourir gratuitement à un médiateur de la consommation, et indiquer ses coordonnées (Code de la consommation, art. L612-1). Le médiateur ne peut être saisi qu’après une réclamation écrite restée sans suite auprès de l’entreprise. Autre voie gratuite : le conciliateur de justice, présent dans les mairies et les tribunaux. Pour un litige inférieur ou égal à 5 000 euros, une tentative de résolution amiable (conciliation, médiation ou procédure participative) est d’ailleurs obligatoire avant de saisir le tribunal, sauf exceptions (Code de procédure civile, art. 750-1). La DGCCRF recueille par ailleurs les signalements de pratiques commerciales trompeuses, sans trancher les litiges individuels.
Troisième temps : le juge
Si l’amiable échoue, le tribunal judiciaire est compétent. Une expertise est souvent nécessaire pour établir l’origine des désordres ; elle peut être amiable ou ordonnée par le juge. Votre contrat d’assurance habitation comporte peut-être une garantie protection juridique qui prend en charge une partie des frais : vérifiez-le avant d’engager un avocat.
À qui s’adresser
Pour vérifier une entreprise, l’annuaire des entreprises de l’État et l’organisme de qualification concerné suffisent. Pour un projet de rénovation énergétique, un conseiller France Rénov’, gratuit et indépendant, aide à cadrer les travaux, les aides et le choix d’une entreprise RGE. Pour une question juridique sur un contrat de travaux, l’ADIL de votre département donne des consultations gratuites. En cas de litige, le médiateur de la consommation désigné par l’entreprise ou le conciliateur de justice de votre secteur sont les premiers recours, avant votre assureur protection juridique.
Questions fréquentes
Quel est le prix moyen d’un artisan par jour ?
Il n’existe pas de tarif officiel : les prix sont libres en France et varient selon le métier, la région, la technicité et la saison. L’arrêté du 24 janvier 2017 oblige en revanche les professionnels du dépannage et de l’entretien à afficher leurs taux horaires TTC et leurs frais de déplacement. La seule comparaison fiable reste celle de plusieurs devis établis sur le même descriptif.
Un auto-entrepreneur doit-il avoir une assurance décennale ?
Oui. L’obligation d’assurance décennale dépend de l’activité, pas du statut : un micro-entrepreneur qui réalise des travaux de construction relevant des articles 1792 et suivants du Code civil doit être assuré comme une société. Il doit aussi mentionner son assureur et la couverture géographique sur ses devis et factures. Demandez son attestation comme à n’importe quelle entreprise.
Un devis d’artisan est-il payant ?
Le plus souvent, le devis est gratuit, mais l’artisan peut le facturer, par exemple quand il exige un déplacement long ou une étude technique. Dans ce cas, il doit vous prévenir avant de l’établir et vous indiquer son prix. Le montant est parfois déduit de la facture si vous confiez ensuite les travaux à l’entreprise : faites-le préciser par écrit.
L’artisan peut-il commencer les travaux pendant le délai de rétractation ?
Après un contrat signé hors établissement, les travaux ne peuvent commencer pendant les quatorze jours de rétractation que si vous le demandez expressément, par écrit. Si vous vous rétractez ensuite, vous devez payer la part des travaux déjà réalisée, proportionnellement au prix. Le professionnel ne peut de toute façon encaisser aucun paiement pendant les sept premiers jours, hors urgences expressément sollicitées.
Que faire si l’artisan abandonne le chantier ?
Constatez l’abandon par des photos datées, puis envoyez une mise en demeure de reprendre les travaux dans un délai précis, par lettre recommandée. Sans reprise, vous pouvez demander la résolution du contrat et le remboursement des sommes versées pour des travaux non réalisés, d’abord à l’amiable via le médiateur ou le conciliateur, puis devant le tribunal. Vérifiez sur l’annuaire officiel que l’entreprise n’est pas en liquidation.