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Litige avec un artisan : les recours, de la lettre au tribunal

Un litige avec un artisan se règle par paliers : un dossier de preuves, une réclamation écrite, une mise en demeure, puis le médiateur de la consommation que l’entreprise est obligée de vous proposer, ou le conciliateur de justice, tous deux gratuits. Si l’amiable échoue, l’injonction de faire (jusqu’à 10 000 €) ou le tribunal judiciaire prennent le relais, avec une expertise quand la malfaçon doit être démontrée. Le bon recours dépend surtout d’une date : avant ou après la réception des travaux.

Par Publié le · 18 min de lecture

Amiable
Obligatoire jusqu'à 5 000 €
Médiation
Gratuite, 90 jours maximum
Injonction
Jusqu'à 10 000 €, timbre de 50 €
Avocat
Obligatoire au-delà de 10 000 €
Pièce en chantier aux murs de briques décapés, un bâti de porte posé seul, un escabeau à gauche et une pelle appuyée contre le mur
Photo Pexels / Laurie Shaw

Litige avec un artisan : de quel problème parle-t-on exactement ?

La question qu’on se pose au pire moment n’est pas « quel article de loi ? », c’est « il ne répond plus, qu’est-ce que je fais demain matin ? ». Il faut d’abord nommer le problème. Les dossiers de travaux se rangent presque tous dans cinq cases : la malfaçon (c’est fait, mais mal), la non-façon (c’était au devis, ce n’est pas fait), le retard, l’abandon de chantier, et le désaccord sur la facture (supplément non prévu, solde réclamé malgré des défauts).

La seconde question est chronologique. Où en est le chantier ? Tant que la réception n’a pas eu lieu, vous êtes dans le cadre du contrat : l’artisan doit livrer ce qu’il a promis, et vous disposez des sanctions générales du Code civil. Après, les garanties légales des constructeurs prennent le relais.

Troisième question : combien est en jeu ? Jusqu’à 5 000 €, la tentative amiable est imposée avant le juge ; jusqu’à 10 000 €, vous pouvez agir sans avocat ; au-delà, il devient obligatoire.

Si l’artisan n’a jamais commencé et garde votre acompte, le cas est particulier : le Code de la consommation prévoit une résolution du contrat en deux temps et un remboursement encadré, que nous détaillons dans notre article sur l’acompte pour des travaux. Ici, on parle des chantiers commencés, mal faits, arrêtés ou contestés.

Quels sont les recours contre un artisan, et dans quel ordre ?

Les recours forment un escalier. Chaque marche coûte un peu plus que la précédente, et les juges attendent de voir que vous avez gravi les premières : une requête ou une assignation doit mentionner les démarches entreprises pour une résolution amiable, ou justifier pourquoi il n’y en a pas eu, rappelle Service-public.fr dans sa fiche sur la saisine du tribunal judiciaire (vérifiée le 18 août 2026).

Recours Pour quoi faire Coût pour vous Délai indicatif Condition clé
Réclamation écrite Exposer le problème, demander une intervention Un courrier ou un courriel Le délai que vous fixez Garder une preuve d’envoi
Mise en demeure Sommer d’exécuter dans un délai, ouvrir les sanctions du Code civil Une lettre recommandée Celui que vous fixez, raisonnable Demande précise et délai daté
Médiateur de la consommation Obtenir une proposition de solution Gratuit 90 jours maximum après recevabilité Réclamation écrite préalable, saisine dans l’année
Conciliateur de justice Trouver un accord, signé et homologable Gratuit Pas de délai légal hors procédure Les deux parties doivent venir
Injonction de faire Faire ordonner l’exécution des travaux Timbre fiscal de 50 € Selon l’engorgement du tribunal Litige de 10 000 € au plus
Tribunal judiciaire Réparation, remboursement, dommages et intérêts Timbre, avocat au-delà de 10 000 €, expertise Variable, aucun barème officiel Tentative amiable si demande de 5 000 € au plus

Comment constituer un dossier de preuves qui tient ?

Dans un litige de travaux, celui qui a le meilleur classeur a déjà gagné la moitié de la partie. Médiateur, conciliateur et juge décident sur pièces ; le juge de l’injonction de faire statue même sans audience, et Service-public.fr précise qu’une demande sans justificatifs est rejetée.

Le socle, ce sont les documents contractuels : devis signé, avenants, factures d’acompte et de situation, relevés de virement, attestation d’assurance décennale jointe au devis. Viennent ensuite les échanges : courriels, SMS, messages vocaux transcrits, comptes rendus de visite que vous avez envoyés vous-même après une conversation (« suite à notre échange de ce matin, vous m’avez indiqué que… »).

Les photos doivent être datées, prises de loin puis de près, avec un repère d’échelle (un mètre ruban, une pièce de monnaie, une règle). Numérotez-les dans un tableau simple : numéro, date, pièce, ce qu’on voit. Pour une fissure, un trait de crayon à chaque extrémité, daté, montre si elle progresse.

Gros plan sur une fissure irrégulière qui traverse un enduit de mur blanc à la texture rugueuse
Photographiée de loin, de près, avec un repère d’échelle et une date : une fissure bien documentée se discute moins · Photo Pexels / Monstera Production

Faut-il un constat de commissaire de justice ?

Jamais obligatoire, parfois décisif. Le constat d’un commissaire de justice (l’ancien huissier) fait foi des désordres visibles à une date donnée. Il devient utile quand l’artisan conteste l’état des lieux, ou avant qu’une autre entreprise n’efface les traces du premier travail. Le constat se facture : demandez le prix avant de le commander.

Ne faites jamais démolir un ouvrage litigieux avant de l’avoir fait constater : un expert n’examine pas ce qui n’existe plus. Et restez sobre : un courriel furieux sans faits précis sert surtout l’entreprise.

Que faire si l’artisan a mal fait les travaux ?

Commencez par écrire : le défaut, où, photos jointes, et une reprise demandée dans un délai précis. Beaucoup de malfaçons se règlent à ce stade. Sinon, la mise en demeure ouvre l’accès aux sanctions du Code civil.

L’article 1217 du Code civil en dresse la liste, pour la partie dont le cocontractant n’a pas exécuté ou a mal exécuté son engagement. En français courant : suspendre le paiement, faire reprendre, payer moins, sortir du contrat, être indemnisé.

Peut-on refuser de payer le solde ?

Oui, dans une mesure raisonnable. L’article 1219 du Code civil autorise une partie à refuser d’exécuter son obligation si l’autre n’exécute pas la sienne et si cette inexécution est suffisamment grave. C’est l’exception d’inexécution. Le mot qui compte est « suffisamment » : retenir 8 000 € pour une plinthe mal fixée expose à une condamnation à payer, avec des intérêts. Retenir une somme proportionnée au coût de la reprise, en l’annonçant par écrit et en la motivant, est défendable.

L’article 1223 offre une autre voie, plus nette : en cas d’exécution imparfaite, vous pouvez, après mise en demeure et si vous n’avez pas encore tout payé, notifier à l’entreprise votre décision de réduire le prix de manière proportionnelle. Si vous avez déjà payé, à défaut d’accord, c’est au juge de fixer la réduction. Un devis de reprise établi par une autre entreprise est la meilleure base de calcul.

Si la malfaçon apparaît à la réception, elle doit être inscrite en réserve au procès-verbal ; un défaut visible non réservé est réputé accepté. Notre guide de la réception des travaux explique comment formuler une réserve qui tient et comment fonctionne la retenue de garantie de 5 %.

Que faire si l’artisan ne finit pas les travaux ou ne revient plus ?

Le gros du chantier est fait, il reste les finitions, et l’entreprise s’est volatilisée. Premier réflexe, vérifier qu’elle existe encore. L’annuaire des entreprises de l’État (annuaire-entreprises.data.gouv.fr) indique si elle est active, en redressement ou en liquidation. En cas de liquidation, les recours changent de nature : voyez notre article sur la garantie décennale.

Si l’entreprise existe et se tait, constatez l’état du chantier (photos, constat de commissaire de justice si l’enjeu le justifie), puis adressez une mise en demeure de reprendre les travaux à une date précise et de les achever dans un délai précis. Rappelez les dates et les éventuelles pénalités de retard prévues au devis (notre rubrique devis, démarches et aides détaille ce qu’il doit contenir).

Si la mise en demeure reste sans effet, deux articles du Code civil vous rendent de l’air. L’article 1222 permet, après mise en demeure, de faire exécuter vous-même l’obligation, dans un délai et à un coût raisonnables, puis de demander le remboursement des sommes engagées à l’entreprise défaillante ; vous pouvez aussi demander au juge qu’elle avance ces sommes. L’article 1226 permet de résoudre le contrat par notification, à vos risques et périls, à condition que la mise en demeure ait mentionné expressément qu’à défaut d’exécution vous seriez en droit de le faire.

Autrement dit : ne confiez pas la fin du chantier à une autre entreprise sans mise en demeure ni constat préalables, sous peine de payer deux fois.

Comment faire une mise en demeure à un artisan ?

L’article 1344 du Code civil dit que le débiteur est mis en demeure par une sommation ou par un acte portant interpellation suffisante. Traduction : une lettre qui ne laisse aucun doute sur ce que vous exigez et pour quand. « Pourriez-vous passer quand vous aurez un moment » n’en est pas une. Aucun formulaire officiel n’existe ; la structure fait tout.

  1. Choisir un envoi qui laisse une trace. Lettre recommandée avec avis de réception, ou recommandé électronique. Gardez la preuve de dépôt, l’avis de réception et une copie de la lettre, pièces jointes comprises.
  2. Écrire « Mise en demeure » en objet. Le mot compte : il signale à l’entreprise, et plus tard au juge, que vous êtes sorti de la simple réclamation.
  3. Rappeler le contrat. Date et référence du devis, nature des travaux, prix, acomptes versés, dates de début et de fin prévues.
  4. Exposer les faits datés. Ce qui ne va pas, où, depuis quand, avec renvoi aux photos numérotées en annexe et à vos courriers précédents restés sans réponse.
  5. Formuler une demande précise. Reprendre tel ouvrage, terminer tel lot, lever telle réserve, rembourser telle somme.
  6. Fixer un délai daté. Une date butoir plutôt que « sous huitaine ». Le délai doit être raisonnable au regard des travaux : quinze jours pour reprendre un joint, davantage pour refaire une chape.
  7. Annoncer les suites. À défaut, vous saisirez le médiateur de la consommation dont relève l’entreprise, vous ferez exécuter les travaux par une autre entreprise aux frais de la première (art. 1222), vous vous réserverez le droit de résoudre le contrat (art. 1226, à mentionner expressément), et vous saisirez le juge.
  8. Citer le fondement. Le devis signé, les articles 1217 et suivants du Code civil avant réception, la garantie de parfait achèvement (art. 1792-6) ou de bon fonctionnement (art. 1792-3) après réception.
Mains tirant une feuille blanche d'une enveloppe kraft au-dessus d'un bureau en bois sombre
Une mise en demeure tient sur une page : rappel du devis, faits datés, demande précise, délai, suites annoncées · Photo Pexels / Angela Roma

Quelles sont les conséquences d’une mise en demeure ?

Elle n’oblige personne à rien par magie, mais elle déclenche des effets juridiques précis. Elle ouvre droit à des dommages et intérêts : selon l’article 1231 du Code civil, sauf inexécution définitive, ils ne sont dus que si le débiteur a été préalablement mis en demeure de s’exécuter dans un délai raisonnable. Elle conditionne la réduction du prix (art. 1223), l’exécution par un tiers (art. 1222) et la résolution par notification (art. 1226). Quand la dette porte sur une somme d’argent, comme un remboursement, elle fait courir les intérêts au taux légal (art. 1344-1).

Elle vaut aussi réclamation écrite préalable, sans laquelle le médiateur déclarera votre demande irrecevable, et prouve au juge votre tentative amiable. C’est souvent la lettre qui fait revenir l’entreprise : elle comprend que le dossier est tenu.

Vigilance

Une mise en demeure n’interrompt pas les délais pour agir. Le délai d’un an du parfait achèvement, les deux ans de la biennale et les dix ans de la décennale courent toujours, lettre recommandée ou pas. Seule une demande en justice (y compris en référé) ou une reconnaissance écrite de l’entreprise les interrompt. La médiation et la conciliation, elles, suspendent la prescription de droit commun pendant leur durée, selon la DGCCRF ; si une échéance de garantie approche, faites vérifier votre calendrier par un professionnel du droit.

Le médiateur de la consommation : comment le saisir contre un artisan ?

C’est l’outil le plus sous-utilisé, alors qu’il ne vous coûte rien. L’article L612-1 du Code de la consommation oblige tout professionnel à garantir à ses clients consommateurs le recours effectif et gratuit à un dispositif de médiation. Un artisan qui vous vend une prestation doit donc avoir adhéré à un médiateur et en communiquer les coordonnées, sur son site internet, ses conditions générales, ses bons de commande ou devis, ou à défaut par tout moyen approprié.

La fiche de la DGCCRF consacrée à la médiation de la consommation détaille les règles du jeu. Vous seul pouvez saisir le médiateur, l’entreprise ne le peut pas. Vous devez d’abord avoir adressé une réclamation écrite au professionnel : la DGCCRF indique que l’absence de cette démarche représente plus de 60 % des causes d’irrecevabilité. Vous devez saisir le médiateur dans l’année qui suit cette réclamation écrite.

La saisine se fait en ligne ou par courrier, pièces jointes. Le médiateur dispose de trois semaines pour se prononcer sur la recevabilité, puis de 90 jours pour mener la médiation, sauf litige complexe signalé aux parties. À défaut d’accord, il propose une solution que chacun reste libre d’accepter ou de refuser. Si vous l’acceptez tous les deux, elle a force contractuelle et vous renoncez à saisir le juge sur ce litige, sauf information dissimulée ou élément nouveau. Si vous la refusez, la voie judiciaire reste ouverte.

Et si l’artisan n’a désigné aucun médiateur ?

C’est un manquement de sa part, que vous pouvez signaler à la DGCCRF via la plateforme SignalConso. Le signalement ne règle pas votre litige ; pour la tentative amiable, rabattez-vous sur le conciliateur de justice. La liste des médiateurs notifiés par la Commission d’évaluation et de contrôle de la médiation de la consommation (CECMC) est publiée sur le site du ministère de l’Économie.

Conciliateur de justice : quand le préférer au médiateur ?

Le conciliateur de justice est un auxiliaire de justice bénévole, nommé par la cour d’appel, qui tient des permanences en mairie, en maison de justice ou au tribunal. Service-public.fr (fiche vérifiée le 1er septembre 2025) le décrit comme un tiers neutre, compétent sans limite de montant pour tout litige civil ou commercial, y compris les litiges de consommation. Il est gratuit et ne donne pas de conseil juridique : il écoute, rapproche, propose.

Trois situations le rendent préférable au médiateur. L’artisan n’a désigné aucun médiateur, ou le médiateur a déclaré votre demande irrecevable. Vous voulez une rencontre, parfois sur le chantier, où il peut se déplacer avec l’accord des parties. Vous voulez un accord qui puisse devenir exécutoire : le constat d’accord signé devant le conciliateur peut être homologué par le juge, ce qui lui donne la force d’un jugement.

Pour trouver la permanence compétente (près de chez vous, du lieu du litige ou du domicile de l’artisan), le site des conciliateurs de France (conciliateurs.fr) propose une recherche par commune et une saisine en ligne. Si l’artisan ne vient pas, la conciliation échoue, mais votre tentative amiable est établie.

Pour une demande en paiement jusqu’à 5 000 €, cette tentative est une condition de recevabilité devant le tribunal, sauf motif légitime comme l’indisponibilité des conciliateurs dans un délai raisonnable, précise Service-public.fr.

Faut-il une expertise pour prouver une malfaçon ?

Dès que la discussion porte sur une cause technique (« c’est le support », « c’est votre ventilation », « c’est normal pour ce matériau »), votre parole contre celle de l’artisan ne suffit plus. Deux formules d’expertise existent.

L’expertise amiable, d’abord. Vous mandatez un expert du bâtiment indépendant, qui visite, constate, décrit les désordres, leur cause probable et le coût de la reprise. Pour qu’elle serve, elle doit être contradictoire : convoquez l’artisan (et son assureur) par lettre recommandée à la visite. Un rapport non contradictoire sert à négocier, mais un juge ne peut pas fonder sa décision sur ce seul document. Son prix se demande sur devis ; votre protection juridique peut le prendre en charge.

L’expertise judiciaire, ensuite. Elle se demande en référé, avant tout procès, au tribunal du lieu de l’immeuble. Service-public.fr (fiche vérifiée le 1er septembre 2025) précise que l’avocat est obligatoire si le montant du litige dépasse 10 000 €, que le tribunal est saisi par assignation, et que le juge fixe une provision à consigner pour rémunérer l’expert : si elle n’est pas versée, la désignation est caduque. L’expert, assermenté, convoque toutes les parties et rend un rapport sur l’origine des dégâts, les responsabilités, la solution technique et le préjudice.

Deux personnes en casque de chantier blanc contrôlent l'aplomb d'une cloison avec un niveau à bulle jaune dans un logement en travaux
Contrôler un aplomb, une planéité, une pente : l’expertise transforme un désaccord en constat technique opposable · Photo Pexels / Thirdman

Autre mérite du référé expertise : c’est une demande en justice, qui interrompt les délais de garantie. À l’approche de l’anniversaire de la réception, c’est souvent la façon la plus sûre de préserver un désordre de parfait achèvement non repris.

L’assurance protection juridique peut-elle prendre le litige en charge ?

Peut-être. Service-public.fr (fiche vérifiée le 11 mars 2026) rappelle que la garantie protection juridique est facultative, mais qu’elle figure parfois dans un contrat d’assurance habitation ou automobile, dans les services d’une carte bancaire ou d’une adhésion associative.

Son intérêt dans un litige de travaux est double. Avant toute procédure, l’assureur doit vous fournir une information juridique, puis une assistance juridique et technique pour la phase amiable (juriste, avocat, expert). En cas de procès, il prend en charge avocat, commissaire de justice, expert et frais de procédure dans la limite du contrat. L’assureur ne peut pas vous imposer un avocat.

Trois clauses décident de tout : le délai de carence après la souscription, les exclusions (dont les litiges déjà connus, inutile donc de s’assurer une fois le conflit né), les seuils et plafonds. Déclarez le litige dans le délai et la forme prévus par le contrat, dès son apparition : inutile d’attendre un refus de l’artisan.

Bon réflexe

Avant d’appeler un avocat, relisez vos contrats d’assurance habitation, votre carte bancaire et vos adhésions en cherchant les mots « protection juridique » ou « défense-recours ». Le service juridique de l’assureur peut aussi relire votre mise en demeure.

L’injonction de faire : comment obliger un artisan à terminer ?

C’est la procédure du « il s’est engagé, il ne le fait pas ». Service-public.fr, dans sa fiche sur l’injonction de faire (vérifiée le 13 mars 2026), cite expressément la réalisation de travaux qu’un artisan s’était engagé à faire. Trois conditions : le contrat a été conclu entre des personnes qui n’ont pas toutes la qualité de commerçant (vous, particulier, face à l’artisan), le litige ne dépasse pas 10 000 €, et le délai pour agir n’est pas expiré.

La demande se fait sur papier libre ou avec le formulaire cerfa n°11723, déposée ou envoyée au greffe du tribunal judiciaire ou du tribunal de proximité, soit celui du domicile de l’artisan, soit celui du lieu d’exécution du contrat, donc de votre logement. Elle doit préciser l’obligation exacte réclamée (achever tel lot, reprendre tel ouvrage) et le montant des dommages et intérêts demandés en cas d’inexécution. Il faut joindre un timbre fiscal de 50 €, sauf aide juridictionnelle. L’avocat n’est pas obligatoire. L’enregistrement de la demande interrompt la prescription.

Le juge statue d’abord sans audience. S’il accepte, il rend une ordonnance qui fixe l’obligation, le délai et les conditions d’exécution, ainsi que la date d’une audience au cas où l’artisan ne s’exécuterait pas. Si l’artisan s’exécute, vous prévenez le greffe et l’audience est annulée. Sinon, le tribunal juge la demande et peut accorder des dommages et intérêts et une astreinte. En cas de rejet, aucun recours n’existe, mais la procédure ordinaire reste ouverte.

Limite : elle suppose un artisan en activité et une relation encore vivable. Si vous ne voulez plus le revoir chez vous, demandez plutôt la résolution du contrat et des dommages et intérêts couvrant une autre entreprise.

Aller au tribunal contre un artisan : quel juge, quels seuils, quels délais ?

Le tribunal judiciaire est compétent pour les litiges entre un particulier et un artisan, y compris les actions en responsabilité liées à une construction. Pour un immeuble, c’est celui du lieu où il se situe. Les affaires dont le montant ne dépasse pas 10 000 € sont jugées au tribunal de proximité, quand il en existe un dans le ressort. Selon Service-public.fr, l’avocat est obligatoire au-delà de 10 000 € de demande, pas en dessous.

Le mode de saisine suit le montant. Jusqu’à 5 000 €, une requête déposée au greffe suffit, avec les démarches amiables tentées et la liste des pièces. Au-delà, il faut une assignation, délivrée par un commissaire de justice, rédigée par l’avocat quand il est obligatoire. Les demandes doivent être chiffrées, avec un timbre fiscal de 50 € sauf aide juridictionnelle. En cas d’urgence (infiltration active, risque pour la sécurité), le référé permet d’obtenir des mesures provisoires rapidement.

Quels délais de prescription pour agir contre un artisan ?

Avant la réception, ou pour ce qui ne relève d’aucune garantie légale, l’action fondée sur le contrat se prescrit par cinq ans à compter du jour où vous avez connu ou auriez dû connaître les faits (Code civil, art. 2224). Après la réception, les garanties légales ont leurs propres délais, et l’article 1792-4-3 fixe à dix ans à compter de la réception le délai des autres actions en responsabilité contre les constructeurs.

Moment du litige Ce qui s’applique Délai pour agir Texte
Pendant le chantier Le contrat : exécution forcée, réduction du prix, exécution par un tiers, résolution, dommages et intérêts 5 ans à compter de la connaissance des faits Code civil, art. 1217 et s., art. 2224
Le jour de la réception Les réserves au procès-verbal ; un défaut visible non réservé est réputé accepté Immédiat Code civil, art. 1792-6
Première année après réception Parfait achèvement : tous les désordres réservés ou signalés par écrit 1 an Code civil, art. 1792-6
Deux premières années Bon fonctionnement des équipements dissociables 2 ans minimum Code civil, art. 1792-3
Dix ans après réception Décennale : solidité compromise ou ouvrage impropre à sa destination 10 ans Code civil, art. 1792 et 1792-4-1

Ces garanties ne s’excluent pas : une infiltration découverte au huitième mois relève du parfait achèvement, et de la décennale si elle rend la pièce inutilisable. Règle commune : une lettre ne sauve pas un délai qui expire, seule une action en justice l’interrompt.

La meilleure défense reste en amont : entreprise immatriculée et assurée pour l’activité exacte, devis daté, échéancier raisonnable. Notre rubrique choisir un artisan reprend ces vérifications une par une.

À qui s’adresser

Pour le cadre juridique (mise en demeure, délais, choix de la procédure), l’ADIL de votre département et les points-justice proposent des consultations gratuites. Pour l’amiable, le médiateur de la consommation désigné par l’entreprise ou le conciliateur de justice de votre secteur. Pour la preuve technique, un expert du bâtiment indépendant de l’artisan. Pour le financement, votre assureur protection juridique. Au-delà de 10 000 €, un avocat en droit de la construction, éventuellement au titre de l’aide juridictionnelle.

Questions fréquentes

Quelles sont les obligations d’un artisan envers son client ?

L’artisan doit réaliser les travaux conformément au devis signé et aux règles de l’art, dans les délais convenus. Il a un devoir de conseil, qui l’oblige à vous alerter sur un choix technique inadapté. Pour les travaux de construction, il doit être assuré en décennale avant l’ouverture du chantier. Il doit enfin vous permettre de recourir gratuitement à un médiateur de la consommation et vous en indiquer les coordonnées.

Que faire si l’artisan ne respecte pas le délai d’exécution prévu ?

Relisez d’abord le devis : date de fin, pénalités de retard éventuelles. Adressez ensuite une mise en demeure fixant une nouvelle date butoir raisonnable. Le retard peut ouvrir droit à des dommages et intérêts si vous justifiez d’un préjudice (loyer supplémentaire, logement inutilisable). S’il devient définitif ou excessif, la résolution du contrat est possible, après une mise en demeure qui l’annonce expressément.

Combien coûte un avocat pour un litige avec un artisan ?

Les honoraires d’avocat sont libres et varient selon le dossier, la ville et le temps passé : aucun barème officiel ne les fixe. Une convention d’honoraires écrite est obligatoire ; demandez-la avant de vous engager. Votre assurance protection juridique peut en prendre une partie en charge, et l’aide juridictionnelle existe si vos ressources sont modestes. Jusqu’à 10 000 € de demande, vous pouvez aussi vous défendre seul.

Peut-on porter plainte contre un artisan ?

Une malfaçon, un retard ou un chantier mal fini relèvent du juge civil, pas de la police : une plainte pénale a peu de chances d’aboutir. La voie pénale se justifie seulement en cas d’infraction, par exemple une escroquerie (acomptes encaissés sans intention de réaliser les travaux, fausse identité, fausse attestation d’assurance) ou un défaut d’assurance décennale, qui est un délit. Dans ce cas, la plainte peut accompagner l’action civile.

Un artisan peut-il exiger le paiement complet malgré des malfaçons ?

Il peut le réclamer, mais vous pouvez opposer l’exception d’inexécution (Code civil, art. 1219) si les défauts sont suffisamment graves, et retenir une somme proportionnée au coût de leur reprise, en l’expliquant par écrit. Après mise en demeure, vous pouvez aussi notifier une réduction proportionnelle du prix (art. 1223). Retenir tout le solde pour un défaut mineur vous exposerait à une condamnation, avec intérêts.

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