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Les métiers de l'artisanat

Assurance décennale artisan : obligation, prix et démarches

L’assurance décennale est obligatoire pour tout artisan dont les travaux peuvent engager la responsabilité décennale : maçon, couvreur, plombier, électricien, menuisier, plaquiste, carreleur, y compris en micro-entreprise. Elle doit être souscrite avant l’ouverture du premier chantier, son attestation doit être jointe à chaque devis et à chaque facture, et travailler sans elle expose à 6 mois d’emprisonnement et 75 000 € d’amende (Code des assurances, art. L241-1, L243-2 et L243-3). Son prix, libre, dépend surtout du métier déclaré, du chiffre d’affaires et de l’expérience, et un artisan qui essuie des refus peut saisir le Bureau central de tarification.

Par Publié le · 18 min de lecture

Obligation
Code des assurances, art. L241-1
Sanction
6 mois et 75 000 € d'amende
Prix estimé
De 650 € à plus de 3 500 € par an
Refus
Saisir le BCT, procédure gratuite
Ouvrier en tee-shirt haute visibilité, visage hors champ, prenant des notes sur un porte-bloc posé sur des plans étalés sur une table de chantier
Photo Pexels / Burst

Est-ce que la décennale est obligatoire pour un artisan ?

La question arrive souvent au plus mauvais moment : un premier client prêt à signer demande l’attestation décennale, et l’artisan fraîchement immatriculé n’a encore qu’une proposition d’assureur dans sa boîte mail. La réponse est oui, et le texte ne laisse pas de marge. L’article L241-1 du Code des assurances impose à toute personne, physique ou morale, dont la responsabilité décennale peut être engagée sur le fondement des articles 1792 et suivants du Code civil, d’être couverte par une assurance. Il ajoute qu’à l’ouverture de tout chantier, elle doit être en mesure de justifier qu’elle a souscrit ce contrat.

En français courant : l’assurance ne se prend pas « dès que les affaires tournent ». Elle doit exister le jour où vous attaquez le premier chantier, et en pratique le jour où vous envoyez le premier devis, puisque l’attestation doit y être jointe. Service Public Entreprendre, dans sa fiche sur la garantie décennale des constructeurs (vérifiée le 10 avril 2026), cite noir sur blanc l’artisan et l’auto-entrepreneur parmi les professionnels tenus de s’assurer, aux côtés des entrepreneurs, architectes, maîtres d’œuvre, techniciens, bureaux d’études et ingénieurs-conseils.

Il faut distinguer deux choses que tout le monde mélange. La responsabilité décennale découle de la loi : elle pèse sur vous pendant dix ans après la réception, assuré ou non. L’assurance est le contrat qui la finance. Ce que votre client peut réclamer au titre de cette responsabilité, et la façon dont il la fait jouer, est détaillé dans notre guide sur la garantie décennale côté particulier. Ici, on regarde l’envers du décor : ce que la loi exige de vous, ce que cela coûte et comment ne pas se retrouver découvert.

Quels artisans doivent souscrire une décennale ?

Ce n’est pas votre intitulé de métier qui déclenche l’obligation, c’est la nature des travaux. Dès que vous réalisez un ouvrage, ou que vous intervenez sur sa structure, son clos, son couvert ou ses éléments d’équipement indissociables, votre responsabilité décennale peut être engagée, donc vous devez être assuré. Cela recouvre, sans surprise, le gros œuvre (maçonnerie, béton armé, fondations, charpente, couverture, étanchéité) et une grande partie du second œuvre : plomberie et électricité encastrées, pose de menuiseries extérieures scellées, plâtrerie, isolation, chapes et carrelage, chauffage raccordé au bâti.

Le cas du peintre illustre la nuance. Service Public Entreprendre cite le peintre en bâtiment comme exemple de profession soumise à la décennale, dans sa fiche sur les assurances du micro-entrepreneur (vérifiée le 7 juillet 2026). Pourtant, un simple coup de peinture décorative sur des murs sains ne constitue pas un ouvrage. Tout dépend de ce que le peintre fait vraiment : un ravalement avec enduit d’imperméabilisation, un traitement de façade ou un revêtement d’étanchéité change la donne.

Deux catégories méritent une ligne à part. Le sous-traitant n’est pas soumis à l’obligation légale, faute de contrat direct avec le maître d’ouvrage, mais il reste responsable envers l’entreprise principale, qui exigera presque toujours une assurance de responsabilité civile adaptée. Le constructeur étranger qui travaille en France, enfin, doit justifier d’une garantie qui couvre la responsabilité décennale telle que la loi française la définit.

Décennale et auto-entrepreneur du bâtiment : les mêmes règles

La micro-entreprise est un régime fiscal et social, pas un passe-droit. Un micro-entrepreneur qui pose des fenêtres ou refait une salle de bains est un constructeur au sens du Code civil, exactement comme une SARL de vingt salariés. Il doit donc souscrire la décennale avant son premier chantier, joindre l’attestation à ses devis et factures, et il encourt les mêmes sanctions. La seule différence tient au prix : un chiffre d’affaires plafonné (83 600 € pour les prestations de services en 2026) se traduit en général par une prime plus basse, mais pas proportionnellement plus basse, et c’est là que le calcul se complique pour un débutant. Le parcours complet d’installation, de la qualification à l’immatriculation, est détaillé dans notre article pour devenir artisan du bâtiment.

Combien coûte une assurance décennale pour un artisan ?

Il n’existe aucun tarif officiel : le prix est libre et chaque assureur applique sa propre classification des risques. Les seuls repères publics sont les grilles indicatives que publient certains courtiers en ligne. Nous en avons relevé deux en septembre 2026, qui situent les primes annuelles pour une entreprise réalisant moins de 300 000 € de chiffre d’affaires hors taxe et sans sinistre déclaré. Le tableau ci-dessous en reprend les ordres de grandeur, arrondis. Ce sont des estimations de marché, pas des prix garantis : votre devis dépendra de votre dossier.

Métier déclaré Micro-entrepreneur (prime annuelle estimée) Artisan établi, EI ou petite société Niveau de risque vu par les assureurs
Peintre (hors étanchéité) 700 à 1 000 € 1 200 à 2 200 € Faible
Électricien 650 à 1 100 € 1 200 à 3 000 € Faible à modéré
Plaquiste, plâtrier 800 à 1 100 € 1 200 à 1 900 € Faible
Carreleur 800 à 1 350 € 1 400 à 2 600 € Modéré
Plombier, chauffagiste 850 à 1 400 € 1 600 à 3 500 € Modéré
Menuisier (pose extérieure) 800 à 1 200 € 1 500 à 3 000 € Modéré
Couvreur, charpentier 1 200 à 1 800 € 1 800 à 3 500 € Élevé
Maçon 1 800 à 2 050 € 2 000 à 3 500 € Élevé
Étancheur 1 600 à 4 000 € 4 000 à 10 000 € Très élevé

Sources du tableau : fourchettes estimées à partir des grilles tarifaires publiées par deux courtiers spécialisés en assurance construction (relevé septembre 2026, chiffre d’affaires inférieur à 300 000 € HT, sans antécédent de sinistre). Aucun de ces montants n’est réglementé ; nous ne recommandons aucun assureur.

Deux courtiers annoncent par ailleurs des tarifs d’appel autour de 70 € par mois pour les micro-entrepreneurs des métiers les moins exposés, électricité ou peinture par exemple. Rapportée au chiffre d’affaires, la charge n’est pas anodine : une prime de 1 000 € pour 40 000 € encaissés représente 2,5 % du chiffre d’affaires, avant cotisations sociales et impôt.

Couvreur debout dans la nacelle orange d'une plateforme élévatrice, travaillant au marteau sur la toiture en tuiles d'un immeuble en brique rouge
Couverture, charpente, étanchéité : les métiers du clos et du couvert figurent parmi les plus chers à assurer en décennale · Photo Pexels / Gundula Vogel

Quels critères font varier le prix d’une décennale ?

Le premier critère est l’activité. Un assureur ne tarife pas « un artisan », il tarifie un risque de sinistre sur dix ans : une infiltration par une toiture-terrasse coûte beaucoup plus cher à réparer qu’une plinthe mal posée. D’où l’écart, du simple au quadruple selon l’un des courtiers consultés, entre un électricien et un étancheur au même chiffre d’affaires. Quand vous déclarez plusieurs activités, la prime n’est en général pas la somme des tarifs de chaque métier : elle suit plutôt l’activité la plus risquée de la liste.

Le deuxième critère est le chiffre d’affaires, déclaré à la souscription puis réactualisé chaque année. La prime augmente avec lui, mais moins vite : les grilles publiées montrent des taux dégressifs, et certains contrats appliquent un forfait jusqu’à un seuil de chiffre d’affaires puis un pourcentage au-delà. Un chiffre d’affaires sous-déclaré pour payer moins est une mauvaise idée, on y revient plus bas.

Viennent ensuite le profil et l’historique. Les deux grilles relevées concordent sur un point : un assuré qui justifie d’au moins dix ans d’expérience peut espérer environ 15 % de réduction, alors qu’un créateur tout juste diplômé subit une majoration de l’ordre de 10 %. Un relevé de sinistralité sans sinistre sur plusieurs années pèse davantage encore, et un relevé chargé peut conduire à des surprimes lourdes, voire à des refus. S’ajoutent la franchise choisie (plus elle est élevée, plus la prime baisse), les qualifications détenues, comme une certification Qualibat dont nous expliquons la lecture dans notre article sur la qualification Qualibat, et parfois la zone géographique des chantiers.

Ce que la prime affichée ne dit pas

Comparer deux devis d’assurance sur le seul montant annuel revient à comparer deux devis de toiture sur le seul prix au mètre carré. Regardez d’abord la liste exacte des activités garanties, puis la franchise par sinistre, les plafonds de garantie, le montant maximal de chantier couvert et les garanties annexes incluses ou non : responsabilité civile professionnelle, garantie de bon fonctionnement de deux ans, dommages à l’ouvrage avant réception. Une offre moins chère qui exclut la moitié de ce que vous faites n’est pas une économie.

Pourquoi les activités déclarées comptent plus que le prix ?

C’est la phrase la plus courte de la fiche officielle et la plus lourde de conséquences : « seuls les travaux déclarés dans le contrat d’assurance du constructeur sont couverts » (Service Public Entreprendre). Votre attestation liste des activités, souvent reprises d’une nomenclature commune au secteur de l’assurance. Un plaquiste assuré en « plâtrerie, cloisons sèches, isolation intérieure » qui accepte de remplacer une fenêtre ou de reprendre un linteau travaille, pour ce chantier-là, sans assurance. Sa responsabilité décennale existe toujours, l’assureur n’a simplement rien à payer.

Le risque est très concret pour les artisans polyvalents, et plus encore pour les micro-entrepreneurs qui se lancent en « multiservice ». Le client ne fait pas la différence entre une activité déclarée et une activité voisine ; l’expert d’assurance, lui, la fera le jour du sinistre. Avant d’accepter un chantier qui sort de votre routine, relisez votre attestation. Si l’activité n’y figure pas, demandez à votre assureur une extension, ou refusez le chantier.

Mains d'un ouvrier agenouillé ajustant des pavés en terre cuite posés en quinconce sur un lit de sable jaune
Pose de pavés sur lit de sable : l’aménagement extérieur est une activité à part entière, qui doit figurer au contrat pour être couverte · Photo Pexels / Littlehampton Bricks

La même logique s’applique au chiffre d’affaires et aux techniques. Le Code des assurances sanctionne la fausse déclaration du risque : nullité du contrat quand elle est intentionnelle (art. L113-8), réduction de l’indemnité en proportion des primes qui auraient été dues quand elle ne l’est pas (art. L113-9). Un artisan qui déclare 40 000 € de chiffre d’affaires et en réalise 90 000 s’expose donc à une indemnité amputée, voire à un contrat annulé, précisément le jour où il en a besoin. Même vigilance pour les techniques dites non courantes (procédés récents, matériaux sans avis technique) : elles se déclarent à part.

Que doivent mentionner vos devis et vos factures ?

Deux obligations se superposent, et elles ne relèvent pas du même texte. La première vient du Code des assurances : l’attestation d’assurance de responsabilité décennale doit être jointe aux devis et aux factures (art. L243-2, issu de la loi du 18 juin 2014). La seconde vient du Code de l’artisanat : toute entreprise exerçant une activité artisanale indique, sur ses factures et devis, les références de son contrat d’assurance professionnelle, les coordonnées de l’assureur ou du garant et la couverture géographique du contrat (art. L132-1 et R132-1, qui reprennent l’ancien article 22-2 de la loi du 5 juillet 1996). Service Public Entreprendre rappelle cette mention dans sa fiche sur les mentions obligatoires des factures, vérifiée le 11 août 2026.

L’attestation elle-même ne s’improvise pas. Son contenu est fixé par les articles A243-1 et suivants du Code des assurances et leurs annexes, et Service Public en reproduit le modèle pour un contrat individuel. On y trouve la dénomination et l’adresse de l’assuré, son numéro SIRET, le nom et les coordonnées complètes de l’assureur, le numéro du contrat, la période de validité, la date d’établissement, puis le périmètre de la garantie : activités ou missions exercées, dates d’ouverture des chantiers concernés, étendue géographique, coût des opérations et, le cas échéant, montant du marché de l’assuré, nature des techniques utilisées.

Artisan vu de profil, visage hors champ, tapant sur un ordinateur portable posé sur un établi en bois à côté d'une pince et d'un ciseau à bois
Devis, factures, attestation : la partie administrative se prépare une fois pour toutes dans les modèles de documents de l’entreprise · Photo Pexels / Ono Kosuki

En pratique, la plupart des artisans intègrent les références du contrat dans le pied de page de leurs modèles de devis et de factures, et joignent le PDF de l’attestation à chaque envoi. Pensez à remplacer ce fichier à chaque renouvellement : une attestation expirée jointe à un devis de janvier est le détail qui fait fuir un client qui a lu la rubrique Choisir un artisan. Certains maîtres d’ouvrage, et la plupart des assureurs dommages-ouvrage, demandent aussi une attestation nominative pour leur chantier, qui mentionne l’adresse et la date d’ouverture : votre assureur la délivre en général sur simple demande.

Comment s’assurer lors d’une première installation ?

La première souscription est le moment le plus délicat. L’assureur ne dispose d’aucun historique, et le créateur a souvent besoin de l’attestation avant même d’avoir son numéro SIREN, pour chiffrer ses premiers chantiers. Les assureurs demandent en général les justificatifs de qualification et d’expérience : diplômes (CAP, BEP, titre professionnel), certificats de travail, bulletins de salaire ou attestations d’employeurs précisant le poste occupé. Ce sont les mêmes pièces que celles qui prouvent votre qualification lors de l’immatriculation d’une activité réglementée, autant les rassembler une seule fois.

Le calendrier suit une logique simple : comparer avant de s’immatriculer, souscrire avant le premier devis, et au plus tard avant l’ouverture du premier chantier, puisque c’est la date à laquelle vous devez pouvoir justifier du contrat.

  1. Lister précisément vos activités. Écrivez ce que vous ferez réellement sur les deux premières années, pas ce que vous aimeriez faire un jour. Chaque activité en trop renchérit la prime, chaque activité oubliée laisse un trou.
  2. Rassembler vos justificatifs. Diplômes, certificats de travail, bulletins de salaire, attestations d’employeurs, éventuelles attestations d’assurance d’un emploi précédent en tant que chef d’entreprise. Un dossier complet évite des majorations « de principe ».
  3. Estimer un chiffre d’affaires réaliste. Ni gonflé, ni minimisé : il sera réactualisé chaque année, et une sous-déclaration se paie au moment d’un sinistre.
  4. Demander plusieurs propositions écrites. À des compagnies, des mutuelles et au moins un courtier habitué aux métiers du bâtiment, en comparant activités, franchise, plafonds et garanties annexes, pas seulement la prime.
  5. Vérifier l’attestation reçue. Nom, SIRET, période, activités : tout doit correspondre à votre immatriculation et à vos devis. Une faute dans l’intitulé d’une activité se corrige avant le premier chantier, pas après.
  6. Intégrer l’attestation à vos documents. Mentions dans le pied de page des devis et factures, PDF joint à chaque envoi, rappel de renouvellement dans votre agenda un mois avant l’échéance.

Un point de vigilance propre au régime micro : la prime d’assurance ne se déduit pas de votre chiffre d’affaires, puisque les cotisations sociales et l’impôt sont calculés sur les recettes, charges comprises. Pour un artisan au régime réel ou en société, elle constitue en revanche une charge de l’entreprise. Faites valider le calcul par la chambre de métiers ou un expert-comptable avant de choisir votre statut.

Que risque un artisan qui travaille sans décennale ?

Le premier risque est pénal. L’article L243-3 du Code des assurances punit le défaut d’assurance obligatoire de 6 mois d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende, ou de l’une de ces deux peines seulement. Le même texte écarte la personne physique qui construit un logement pour l’occuper elle-même ou y loger sa proche famille : cette exception vise le particulier, jamais le professionnel.

Le second risque est financier, et il pèse plus lourd. Votre responsabilité décennale ne disparaît pas parce que vous n’êtes pas assuré : si un plancher s’affaisse ou si une toiture laisse passer l’eau dans les dix ans, c’est vous qui payez la reprise, sur la trésorerie de l’entreprise puis, selon votre statut, sur votre patrimoine. Le coût d’un seul sinistre de structure dépasse souvent de loin le chiffre d’affaires annuel d’un artisan seul. Et si le client a souscrit une assurance dommages-ouvrage, son assureur l’indemnisera d’abord, puis se retournera contre vous.

Le dirigeant d’une société n’est pas à l’abri. Les tribunaux retiennent régulièrement la responsabilité personnelle du gérant qui n’a pas assuré son entreprise, en considérant ce manquement délibéré à une obligation pénalement sanctionnée comme une faute détachable de ses fonctions. Autrement dit, la société à responsabilité limitée ne limite pas grand-chose dans ce cas.

Viennent enfin les effets commerciaux. Un client informé, un maître d’œuvre, une entreprise générale ou un assureur dommages-ouvrage réclament l’attestation avant de signer. Sans elle, vous perdez ces marchés, et en cas de revente d’un bien dans les dix ans, le notaire doit mentionner dans l’acte l’existence ou l’absence des assurances obligatoires : l’absence se voit et se paie, parfois des années plus tard.

Vigilance

Prêter son attestation à un confrère, travailler sous l’attestation d’une autre entreprise « le temps de trouver un contrat », ou retoucher une attestation expirée n’est pas une astuce : c’est au mieux un chantier sans couverture, au pire un faux. Les clients avertis appellent l’assureur, numéro de contrat en main, et les assureurs confirment ou infirment par écrit. Même prudence si votre contrat est suspendu pour une prime impayée : tant que la situation n’est pas régularisée, ne signez aucun nouveau chantier.

Refus d’assurance : comment saisir le Bureau central de tarification ?

Un assureur est libre de refuser un risque, et les refus touchent surtout les créateurs sans historique, les métiers très exposés et les entreprises au relevé de sinistralité chargé. La loi a prévu une issue pour que l’obligation d’assurance reste tenable : le Bureau central de tarification (BCT), créé par la loi du 4 janvier 1978. Selon l’article L243-4 du Code des assurances, son rôle exclusif est de fixer la prime moyennant laquelle l’entreprise d’assurance désignée par l’assujetti est tenue de garantir le risque proposé. Le ministère de l’Économie rappelle cette voie de recours dans sa page sur les assurances obligatoires des professionnels.

Le BCT ne vous trouve pas d’assureur : c’est à vous de le choisir, et il doit pratiquer ce type de garantie. Il ne s’occupe pas non plus des garanties complémentaires (bon fonctionnement, responsabilité civile, décennale des sous-traitants). Et si c’est vous qui avez résilié votre contrat, vous ne pouvez pas le saisir contre ce même assureur. La procédure est gratuite, mais le moindre écart de forme rend la demande irrecevable. D’après les indications publiées par le BCT et par la Fédération française du bâtiment (relevé septembre 2026), elle se déroule ainsi.

  1. Choisir l’assureur et lui écrire au siège. Demande d’assurance par lettre recommandée avec avis de réception, adressée au siège social ou à la délégation régionale, jamais à un agent ou un courtier local, accompagnée de la proposition d’assurance ou du formulaire type du BCT et des justificatifs (diplômes, qualifications, relevé de sinistralité).
  2. Obtenir le refus. Il peut être explicite, par lettre ou courriel, ou implicite si l’assureur ne répond pas dans les 45 jours suivant la réception de votre recommandé.
  3. Saisir le BCT dans les 15 jours. À compter de la lettre de refus ou de l’expiration des 45 jours, par recommandé, avec la copie de la demande à l’assureur et l’avis de réception, le formulaire complété, les justificatifs et une demande d’intervention datée et signée. Pièces en feuilles libres, sans agrafe.
  4. Attendre la décision. Comptez un à deux mois après réception du dossier complet, selon la FFB ; la décision est notifiée dans les 10 jours suivant la séance d’examen.
  5. La présenter à l’assureur dans les trois mois. L’assureur est tenu d’appliquer la décision (art. L243-6), sous peine de sanction pouvant aller jusqu’au retrait de son agrément dans la branche concernée. Passé trois mois, tout est à refaire.

Un courtier peut mener ces démarches pour vous, à condition de produire un mandat spécifique.

Résiliation, changement d’assureur, cessation : que devient la couverture ?

La décennale fonctionne selon une logique qui surprend les créateurs habitués à l’assurance auto : le contrat qui paie est celui qui était en vigueur à la date d’ouverture du chantier, pas celui du jour du sinistre. L’article L241-1 du Code des assurances répute tout contrat souscrit à ce titre comporter une clause de maintien de la garantie pour toute la durée de la responsabilité décennale. Vous changez d’assureur en 2027, vous cessez votre activité en 2029 : les chantiers ouverts pendant la validité de votre ancien contrat restent couverts par celui-ci jusqu’au terme des dix ans.

Le revers est tout aussi important. Un chantier ouvert pendant une période sans contrat, même de quelques semaines entre deux assureurs, n’est couvert par personne. Enchaînez les contrats sans interruption et conservez toutes vos attestations successives, avec la date d’ouverture de chaque chantier : ce sont elles qui diront, dans huit ans, quel assureur doit répondre.

Une nouveauté de 2026 mérite d’être connue. Le ministère de l’Économie indique que, depuis le 28 mai 2026, la loi de simplification de la vie économique oblige les assureurs à motiver toute décision de résiliation d’un contrat, quel que soit le type d’assuré. Pour un artisan dont le contrat est résilié après un sinistre ou un impayé, la motivation écrite aide à comprendre ce qui bloque et à constituer le dossier pour un nouvel assureur, ou pour le BCT.

Bon réflexe

Tenez un tableau simple de vos chantiers : client, adresse, activité exercée, date d’ouverture, date de réception, assureur et numéro de contrat en vigueur à l’ouverture. Dix minutes par chantier, et vous saurez répondre en une heure au courrier d’un client ou d’un expert, même après un changement d’assureur ou une cessation d’activité.

À qui s’adresser

Pour savoir si votre activité est réglementée, quels justificatifs réunir et quel statut choisir, la chambre de métiers et de l’artisanat (CMA) de votre département reste le premier guichet. Pour la décennale elle-même, plusieurs compagnies ou mutuelles et un courtier habitué aux métiers du bâtiment ; la fédération professionnelle de votre métier peut aussi orienter les profils difficiles à assurer. En cas de refus répétés, le Bureau central de tarification, directement ou par un courtier mandaté. Pour l’incidence fiscale de la prime, un expert-comptable. La fiche Garantie décennale des constructeurs de Service Public Entreprendre renvoie vers les textes et les modèles d’attestation. D’autres fiches pratiques sont regroupées dans la rubrique Les métiers de l’artisanat.

Questions fréquentes

Quelle est l’assurance décennale la moins chère ?

Il n’en existe pas dans l’absolu, puisque chaque assureur tarifie selon sa propre grille : la moins chère pour un électricien débutant ne le sera pas forcément pour un couvreur expérimenté. La prime la plus basse n’a d’intérêt que si elle couvre toutes vos activités réelles, avec une franchise supportable et des plafonds adaptés. Comparez au moins trois propositions écrites sur ces critères, pas sur le seul montant mensuel.

Quelles sont les deux assurances obligatoires dans la construction ?

La loi du 4 janvier 1978 a instauré un double étage. Le constructeur, artisan compris, doit souscrire l’assurance de responsabilité décennale (Code des assurances, art. L241-1). Le maître d’ouvrage, particulier compris, doit souscrire une assurance dommages-ouvrage avant l’ouverture du chantier (art. L242-1). La responsabilité civile professionnelle, elle, n’est pas obligatoire pour tous les métiers du bâtiment, même si elle est fortement recommandée.

Où un client peut-il trouver l’assurance décennale d’un artisan ?

Sur les documents de l’artisan lui-même : l’attestation doit être jointe au devis et à la facture, et les références du contrat doivent y figurer. Il n’existe pas de fichier public des contrats d’assurance. En cas de doute, le client peut contacter l’assureur indiqué sur l’attestation, avec le numéro de contrat, pour vérifier que la garantie est en cours et couvre l’activité prévue.

Un sous-traitant doit-il avoir une assurance décennale ?

Pas au sens de l’obligation légale : sans contrat direct avec le maître d’ouvrage, il n’est pas soumis à la décennale envers lui, rappelle Service Public Entreprendre. Il reste responsable envers l’entreprise principale, qui exigera presque toujours une assurance de responsabilité civile couvrant ses travaux. Attention, le Bureau central de tarification n’intervient pas pour cette garantie de sous-traitance.

La prime de décennale est-elle déductible des impôts ?

Tout dépend du régime. En micro-entreprise, aucune charge réelle ne se déduit : cotisations et impôt sont calculés sur le chiffre d’affaires, et l’abattement forfaitaire est censé couvrir les frais. En entreprise individuelle au régime réel ou en société, la prime est une charge de l’entreprise qui vient diminuer le bénéfice imposable. Un expert-comptable confirmera le traitement adapté à votre situation.

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